Planet

On les connaît bien, les copains d’Emmabuntüs, on les a déjà cuisinés plusieurs fois, mais on aime bien les titiller, parce qu’ils ont de l’humour.
On leur a demandé ce qu’il y avait de neuf du côté de chez eux.

Bon alors vous faites une action pour les pauvres, et vous leur donnez une version pauvre d’Ubuntu ? Vous trouvez qu’ils peuvent se contenter d’une version simplifiée ?

David : Nous ne faisons pas vraiment cela pour les « pauvres », mais pour ceux qui pensent que l’informatique doit être accessible à tous, sans condition de revenus.

Et surtout, nous pensons que donner une seconde chance à un ordinateur est un choix, celui de réduire la quantité de déchets, et que pour faciliter ce choix, le prix est un des critères, c’est pour cela que souvent les ordinateurs proposés le sont à un prix attractif.

Emmabuntüs est une version simplifiée de Ubuntu dans le sens « accessible » ce qui veut dire que des débutants peuvent s’en servir, mais vous pouvez aussi très bien développer un logiciel avec, ou mettre au point un serveur de SMS pour faire du recensement de population. Le système reste une Ubuntu (bientôt une Debian), et en conserve donc toutes les possibilités.

Emmabuntüs n’est donc pas une distribution « de pauvres », mais une distribution « pour tous » 🙂 utilisée à la fois par des personnes dans le besoin et des startups très rentables. C’est ce qui fait sa force : http://emmabuntus.sourceforge.net/mediawiki/index.php/L_age_de_faire_Mars_2014

Papy du 18 : « des débutants peuvent s’en servir », ça m’intéresse… mais concrètement, comment ça se passe si je veux essayer Emmabuntüs ? Il faut que j’aille chez Emmaüs à Bourges avec mon ordinateur et on me l’installe ? Ou bien il faut que je me débrouille tout seul même si je n’y connais rien, n’ayant pas touché à un ordinateur depuis Windows 95 ? (j’ai arrêté leurs trucs d’Internet à l’époque parce que les stridences du modem me donnaient des acouphènes)

David : Eh bien le plus simple est de trouver une « install party » près de chez toi (terme barbare désignant un regroupement de gentils geeks prêts à aider les gens à installer une distribution sur leur ordinateur). Tu y trouveras toute l’aide pour installer Emmabuntüs sur ton ordinateur et apprendre à l’utiliser. Tu peux aussi demander au « GULL » local (groupe d’utilisateur de Logiciels Libres), qui t’assistera, je crois qu’il y en a un à Bourges. Si tu connais des gens utilisant Linux, ils pourront aussi certainement t’aider car la procédure d’installation est très similaire à celle des autres distributions.

Patrick : Une autre solution consiste à acheter un ordinateur sous Emmabuntüs à petit prix dans les structures qui utilisent notre distribution : http://reemploi.emmabuntus.org. De plus cela participe à relocaliser l’économie, et à la réduction des déchets informatiques par leur réemploi.

Mamie de Paris : Emmabuntüs c’est le mot-valise entre Emmaüs et Ubuntu. La naissance de cette distribution est-elle une commande d’Emmaüs ? Êtes-vous considérés comme « compagnons » ?

David : Emmabuntüs est en fait le fruit du travail d’un bénévole à la communauté Emmaüs de Neuilly-plaisance, Patrick, qui à l’époque reconditionnait des ordinateurs. Afin de faciliter son travail et celui des compagnons travaillant avec lui, il a commencé à créer des scripts avec le logiciel « AutoIt » sous Windows et permettant d’automatiser certaines tâches. Petit à petit Linux et les logiciels libres se sont imposés comme le choix le plus évident par leur grande adaptabilité, la possibilité de les modifier et diffuser librement. Une Ubuntu a donc été modifiée pour donner naissance à Emmabuntüs.

Fred de Paris : En gros, c’est toujours compliqué avec le noyau dur d’Emmaüs ? Je me souviens que votre discours n’était pas super bien accueilli…

David : En fait petit à petit des gens au sein d’Emmaüs commencent à considérer notre travail, qui facilite quand même bien le leur, et donc nous nous faisons notre place au sein de la communauté.

Patrick : Nous avons de plus en plus de communautés Emmaüs qui utilisent notre distribution, et aussi des associations indépendantes du mouvement Emmaüs, et voici une liste des structures recensées qui utilisent Emmabuntüs : http://reemploi.emmabuntus.org.

Mamie de Paris : N’avez-vous pas l’impression de surcharger la distribution en y mettant plusieurs logiciels qui font exactement la même chose ? Plusieurs suites bureautiques, plusieurs lecteurs vidéos….

David : (sourire) La distribution est de plus en plus utilisée dans des structures reculées qui n’ont pas facilement accès à internet, et qui ont à intervenir dans des domaines très variés tels que des écoles, des centres sociaux, mais aussi des EPN et des centres de formation. Elle est même utilisée par certains indépendants et bien sûr par de nombreuses familles. Nous avons donc inclus le plus possibles d’outils en respectant la contrainte des 4Go (taille de la partition FAT pour démarrer sur la clé USB), afin que nos utilisateurs disposent d’une boite à outils qu’ils peuvent ensuite adapter à leur usage.

Libriste mordicus : Vous utilisez une distribution libre fournie avec des logiciels libres installables sans Internet. Pourquoi avez-vous fait le choix d’y ajouter des logiciels privateurs comme Skype ou Ghostery ?

David : Le but de Emmabuntüs est de fournir une distribution pour le reconditionnement et la réduction de la fracture numérique, des logiciels comme Skype sont très utilisés et permettront aux utilisateurs, souvent novices en informatique, de retrouver leurs outils familiers, ils pourront petit à petit basculer vers les logiciels libres en découvrant ceux fournis avec la distribution. En fait c’est un peu comme faire la promotion du libre sur Facebook : il faut aller chercher les utilisateurs là où ils sont [et pan, dans ta frama-face, à force de les chercher…], et souvent par méconnaissance du libre ce sont des réseaux et logiciels propriétaires qui sont utilisés.

Patrick : Concernant le logiciel privateur Ghostery, quand nous l’avons utilisé sur Emmabuntüs 2 nous ne savions pas que celui-ci n’était pas libre, et quand nous l’avons su nous l’avons remplacé par son équivalent libre nommé Disconnect en juin 2014.

Fred de Paris : Mais alors c’est pas 100 % libre ?

David : Pas tout à fait, mais d’une part l’installation de la partie non libre est optionnelle, mais surtout nous faisons la promotion du libre par les documents et logiciels libres livrés avec la distribution en essayant de tendre vers le 100 % libre.

Mamie de Paris : Quels sont vos rapports avec les communautés libristes ? Avec quels GULLs interagissez-vous ?

David : Nous avons évidemment beaucoup de contacts avec les libristes, à la fois membres des projets et blogueurs qui relaient nos articles, voire même souvent écrivent sur nos actions. Nous avons beaucoup échangé avec Ubuntu-fr par notre présence aux premiers samedis et aux Ubuntu Parties.

Patrick : Nous travaillons avec quelques GULL, comme Montpel’libre, les JerryClan France, Côte d’Ivoire, Togo, Cameroun, etc, et surtout de nombreuses associations qui veulent s’inscrire dans une démarche de réemploi des ordinateurs comme PC de l’Espoir, THOT Cis, TriRA, pas uniquement sur la partie distribution GNU/Linux, car notre but premier est l’action humanitaire par le réemploi, et la distribution que nous développons n’est qu’un vecteur pour atteindre ce but.

Libre_En_Fête_2016 à Lannion

Libre_En_Fête_2016 à Lannion

 

Mamie de Paris : Quels sont vos rapports avec les développeurs des logiciels que vous installez ? Respectez-vous les licences et les versions ?

David : Nous en respectons les licences, après, concernant les versions, nous essayons d’inclure les nouveautés quand elles ne posent pas de problème aux utilisateurs car il sera pour beaucoup d’entre eux difficile de s’adapter.
Nous avons des contacts avec les développeurs des logiciels quand ils nous aident ou que nous leurs transmettons les retours de nos utilisateurs, ou bien encore quand nous demandons à inclure certains travaux dans Emmabuntüs, il nous arrive aussi de communiquer avec eux lorsque nous écrivons dans notre blog pour être sûrs d’avoir les bonnes informations concernant leurs actions.

Mamie de Paris : Reversez-vous vos améliorations à la communauté Ubuntu-Fr (ou une autre) comme la licence l’y encourage ?

David : Heuuu, nous pêchons un peu sur ce sujet, en effet nous n’en avons pas le temps. Nous espérons cependant que la promotion faite d’Ubuntu à partir de Emmabuntüs et les contacts que nous avons avec la communauté Ubuntu-fr contribuent à rendre Ubuntu toujours meilleure. 🙂

Patrick : Nous ne participons pas à l’amélioration des communautés du logiciel libre, simplement car nous ne développons pas de code indépendant de notre distribution, qui puisse être intégré dans d’autres distributions. Notre travail pour Emmabuntüs se borne au choix des logiciels utilisés, leur personnalisation, et à des scripts qui permettent l’installation de la distribution et les choix par exemple installer ou pas les logiciels non libres lors de la post-installation.

Notre apport au monde du logiciel libre est de sensibiliser les utilisateurs néophytes à GNU/Linux sur la pertinence d’utiliser des logiciels libres pour prolonger la durée de vie de leur ordinateur, de former des reconditionneurs à la mise en œuvre de distribution GNU/linux pour le réemploi d’ordinateurs. Nous pensons que notre travail est de plus en plus utile et apprécié au regard des associations humanitaires qui utilisent notre distribution (éventuellement complétée des données de culture libre) dans le cadre de leurs beaux projets comme par exemple Ailleurs Solidaires et YovoTogo.

 Remise d’ordinateurs sous Emmabuntüs par Ailleurs Solidaires à Akashganga Intl Academy en décembre 2015

Photo : Remise d’ordinateurs sous Emmabuntüs par Ailleurs Solidaires à Akashganga Intl Academy en décembre 2015

 

Fred de Paris : Vous êtes potes avec des gens bizarres qui mettent des ordis dans des bidons. Pourquoi ils font ça ? Votre lien est-il toujours aussi fort ?

David : Hahahaha ouiiiiiiiiiii et plus que jamais, en fait quand nous avons rencontré les gens de Jerry DIT, ils ont rapidement adopté Emmabuntüs sur les Jerry, qui sont des ordis reconditionnés dans des bidons. Cette initiative s’est propagée bien au delà de l’Europe, surtout en Afrique où les “Jerry Clans” sont très vite apparus comme les ancêtres des labs que nous connaissons aujourd’hui. Jerry c’est le partage, l’opposition du faire ensemble si cher au logiciel libre à la culture du Do It Yourself malheureusement récupéré par les entreprises. Jerry, main dans la main avec Emmabuntüs, a donné naissance à des cyber Cafés (Jerry Cyber en Côte d’Ivoire), mais aussi à pas mal de salles d’informatique et d’ateliers au Bénin, Togo, Côte d’Ivoire, Gabon…

Le lien reste très fort oui, et nous espérons vraiment qu’il le restera. Même si les deux projets restent indépendants, nous nous soutenons mutuellement parce que nous sommes faits pour avancer ensemble. Un des membres de notre collectif est justement en train de créer Jerry Clan Cameroun avec sa fiancée, mais je ne balancerai pas. 😀

Jerry fonctionnant sous Emmabuntüs qui a permis à l'Ayiyikôh FabLab obtenir le prix de la meilleure application à l'Africa Web Festival 2015 avec l'application Gbame qui donne l'itinéraire des bus à Abidjan

Jerry fonctionnant sous Emmabuntüs qui a permis à l’Ayiyikôh FabLab d’obtenir le prix de la meilleure application à l’Africa Web Festival 2015 avec l’application Gbame qui donne l’itinéraire des bus à Abidjan

 

Fred de Paris : Et alors, elle a évolué comment, la distribution ? Vous dites qu’elle va être basée sur Debian ? Qu’est-ce qui vous a fait changer ?

David : Debian nous permettra une plus grande souplesse, et surtout une plus grande stabilité dans la base utilisée pour construire la distribution. Les versions testing sont maintenues très longtemps, sont stables et éprouvées. Nous garderons les dépôts Ubuntu pour les logiciels qui nécessitent une version récente. Debian est aussi de base plus légère et les versions 32 bits sont toujours maintenues. Cela nous permet de continuer à assurer aux reconditionneurs la continuité de Emmabuntüs en 32 bits pour les vieux ordis.

Patrick : Effectivement nous venons de sortir la version Beta de l’Emmabuntüs DE (Debian Edition) en février 2016, grâce à l’aide précieuse de membres d’autres communautés comme : Arpinux et Thuban de la distribution HandyLinux, Mamahadou et Moussa de l’Ayiyikôh Incubator, François de Multisystem, Nicolas de Montpel’libre et les blogueurs Frédéric Bezies et Rodolphe. Nous comptons sortir la version 1.00 pour fin mai début juin de cette année.

Fred de Paris : Vous mettriez pas Tonton Roger comme moteur de recherche par défaut ? Ça vous rapporterait pas un rond, je vous préviens. Ce serait pour l’élégance du geste…

David : Tu parles de Framabee ? [nan, je parle de Tonton Roger, on lui a donné un nom rigolo, faut que ça serve] Je pense que nous le pouvons oui, il est vraiment très agréable à utiliser.

Patrick : Nous sommes toujours partant pour intégrer des applications innovantes et libres des amis du monde Libre, par contre nous avons une nouvelle contrainte liée à notre diffusion internationale (la France ne représentant plus que 25 % de nos téléchargements) qui nous oblige pour les moteurs de recherche d’être en plusieurs langues. Après avoir abandonné G…. au profit de StartPage nous l’avons remplacé par Qwant car des utilisateurs anglophones nous ont informé qu’ils n’arrivent pas à basculer facilement la langue par défaut du moteur. Par contre nous garderons toujours sur notre fond d’écran cette phrase en français que nous devons à nos amis de Framasoft : « Un jour, le monde sera libre ! », et sans qui Emmabuntüs n’aurait jamais existé.

Merci beaucoup de nous avoir aidé dans cette belle aventure, et grâce à vous nous venons de fêter les 5 ans de notre collectif. Nous allons poursuivre celle-ci grâce au soutien de nos amis de Montpel’libre, YovoTogo, Ailleurs Solidaires, PC de l’Espoir, THOT Cis, TriRA, les JerryClan France, Côte d’Ivoire, Togo,  Ayiyikôh FabLab, BloLab, Je suis Jerry et bien sûr le DouaLab  😉

Salle informatique du village de Nayéga

Photo : Salle informatique du village de Nayéga, région des Savanes au nord Togo équipée par YOVOTOGO et JUMP Lab’Orione

 

Plus, Un, Besoins, Vie... ce sont quelques-uns des mots-clés utilisés lorsqu'il a été demandé, « A quoi votre vie ressemblerait si tous vos besoins informatiques étaient contenus en un seul appareil ». Avec la première tablette Ubuntu, qui se propose justement de répondre à tous vos besoins informatiques au sein d'un dispositif unique et maintenant disponible à l'achat, Canonical a voulu célébrer vos pensées. Ils ont amenuisé les tweets les plus perspicaces et calculé les mots les plus fréquents dans cette infographie (traduite en français par votre serviteur) ci-dessous !




source : What the community said about the M10 tablet d'Amrisha Prashar sur Ubuntu Insights
02 Mai 2016 à 20:28

Deptrac c’est quoi ? via kmelia

deptrac_1Deptrac c’est un outil d’analyse statique qui va nous aider a imposer des règles pour les dépendances entre les couches applicatives. Et c’est vachement bien ;)

Je vous conseille de regarder la vidéo explicative de SensioLabs, mais vous pouvez aussi très rapidement le mettre en place sur votre projet.

Start to create an AstMap for 8 Files. ........ AstMap created. start emitting dependencies "InheritanceDependencyEmitter" start emitting dependencies "BasicDependencyEmitter" end emitting dependencies start flatten dependencies end flatten dependencies collecting violations. formatting dependencies. Found 0 Violations

Exemple sur le projet Fresh Symfony, pas de violation trouvée, mais c’est un peu normal ;)

Image sous Windows

deptrac_2On peut bien évidemment avoir le même rendu sur Git Bash sous Windows, en installant Graphviz.
N’oubliez pas d’ajouter le chemin vers les binaires C:\Program Files (x86)\Graphviz2.38\bin\ à votre variable PATH.

27 Avril 2016 à 14:04

Voici le numéro 107 via Full Circle Mag FR

Bonjour !

L'équipe du FCMfr est heureuse de vous présenter le numéro 107 (celui de mars 2016) du magazine Full Circle entièrement traduit en français. Comme toujours, vous pouvez le lire ou le télécharger sur notre page Numéros ou le télécharger directement en cliquant sur l'image de couverture ci-dessous.

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Vous y trouverez, notamment :

  • Comment transformer une vieille tablette en un tout petit serveur sous Ubuntu !
  • La troisième partie de la série sur Linux pour les photographes, écrite par un francophone, François Edelin, pour les français. Ce mois-ci, le sujet est la calibration de la chaîne couleur.
  • La présentation d'un système d'exploitation basé sur Ubuntu et Debian, fait en Chine et qui ne cesse de changer de nom ! Il s'appelle actuellement deepin OS. Il propose un nombre faramineux d'environnements de bureau ; en revanche les téléchargements, notamment des mises à jour, peuvent être d'une lenteur plus qu'exaspérante.
  • Enfin, outre les tutoriels et autres rubriques habituels, il y a trois critiques : une du livre Able2Extract 10 et une de chacun de deux jeux - Saints Row IV et The Kindred.

Autrement dit, il y a de quoi faire. Bonne lecture !

Toute l'équipe, dont, ce mois-ci :

  • Bab, le scribeur ;
  • AE, d52fr et erlevo, les traducteurs ;
  • Bab, d52fr, erlevo et moi-même, AuntieE, les relecteurs.

Aujourd’hui on vous propose une interview postée à l’origine sur le site des Libertés Numériques d’Europe Écologie les Verts, article qu’ils ont eut le bon goût de mettre sous CC-BY-SA. Ne vous inquiétez pas ça parle quand même de logiciel libre…

C’est même le sujet principal, puisqu’on a là un retour pratique du service informatique de la mairie d’une ville d’un peu plus de vingt mille habitant-e-s qui a la volonté politique de passer au Libre : services en ligne, systèmes d’opération, logiciels et applications mobiles… Tout en restant une association a-partisanne, nous y voyons là un retour d’expérience et un exemple qui fait chaud à nos petits cœurs de Libristes !

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L’expérience du logiciel libre à la mairie de Fontaine

Nicolas Vivant est directeur du système d’information à la mairie de Fontaine, en Isère. Depuis quelques années, il s’attelle à la migration du parc informatique vers des solutions logicielles open source et libres.

Des logiciels libres d’abord, puis des distributions Linux entières, ont débarqué sur les ordinateurs des employés de la mairie. Comment s’est réalisée cette migration ? Quels retours des usagers ? Quels avantages ? Nicolas a accepté de répondre à nos questions.

Bonjour Nicolas, peux-tu d’abord nous présenter rapidement ta ville, combien y a-t-il d’employés dans la mairie et de postes informatiques ?

Fontaine est une ville d’un peu plus de 22 000 habitants. La mairie emploie 600 personnes et le parc de PC est également de 600 postes environ (dont 250 dans les écoles maternelles et élémentaires), répartis sur une quarantaine de sites.

Quel est ton rôle ?

Je suis DSI (directeur des systèmes d’information). Sept agents travaillent au service informatique. Le service gère l’informatique de la ville (postes clients, serveurs, logiciels, réseau), la téléphonie (fixe et mobile) et la vidéosurveillance.

Comment est venue l’idée de remplacer le système d’exploitation existant par une solution opensource ? Etait-ce une volonté politique au départ, ou plutôt une solution envisagée à cause de soucis techniques ?

La mise en place du logiciel libre est une décision ancienne. Elle remonte à 2001. C’est un choix politique porté depuis par les majorités successives. Les valeurs de l’opensource et du libre rejoignent dans une large mesure celles du service public communal : travail communautaire, service de l’intérêt général, transparence et juste prix. L’intérêt économique, avéré à Fontaine, est venu comme un bénéfice secondaire de ce choix.

Les « décideurs » ont-ils été difficiles à convaincre, quelles étaient leurs inquiétudes à l’idée de changer d’environnement de travail ? Et quels arguments les ont convaincus ?

Dans une commune, il y a deux types de décideurs : les élus et la direction générale. Le libre étant un choix politique, l’adhésion des élus était évidente puisqu’ils étaient moteurs. Pour ce qui concerne l’administration, et pour répondre à l’inquiétude légitime d’un certain nombre d’utilisateurs (décideurs ou non), une stratégie de migration « douce » a été mise en place. C’est par l’expérimentation et la démonstration que nous avons choisi d’agir, plutôt que par l’argumentation.

Dans un premier temps (avant 2009), le choix de logiciels d’infrastructure (messagerie, serveur de fichiers, annuaire informatique, etc.) libres a été fait. Ce changement a été transparent pour les utilisateurs, mais il a permis d’asseoir les bases du changement.

Dans une deuxième séquence (2008 à 2012), les logiciels tournant sur nos PC sous Windows ont été migrés sur du libre (Thunderbird pour les mails, Firefox pour le web, OpenOffice pour la suite bureautique). Le plus difficile a été de changer de suite bureautique. Une formation spécifique de deux jours a été mise en place. Plutôt que de former nos utilisateurs à l’utilisation de la bureautique (dont ils connaissaient, pour la plupart, les bases), le choix a été fait de les aider à migrer leurs connaissances et leurs données. Sur les deux jours de formation, un jour et demi ont donc été consacré à « Comment faire sur OpenOffice ce qu je sais fait sur MS Office ? » puis une demi-journée à la migration effective des documents utilisés au quotidien, avec l’aide du formateur. Cette formation était proposée à l’ensemble des employés qui souhaitaient s’y inscrire. Quand le cycle de formation a été terminé, nous n’avons pas systématiquement désinstallé Microsoft Office. Nous avons simplement cessé de livrer dans les services des PC comprenant la suite de Microsoft. Ainsi, au fil du temps, la suite propriétaire a disparu de notre parc. Il reste quelques exceptions, dues à des incompatibilités d’OpenOffice avec des logiciels « métier », mais elles représentent moins de 5 % de notre parc.

La dernière étape de la migration vers le logiciel libre, toujours en cours, concerne le système d’exploitation. Notre parc est essentiellement composé de machines sous Windows Seven. La stratégie de migration comprend plusieurs phases et nous avons choisi de prêcher par l’exemple plutôt que d’utiliser une approche contraignante :

  • De janvier à septembre 2014, nous avons travaillé sur l’interface graphique, que nous voulions belle en plus d’être pratique, et sur l’intégration de postes sous Linux dans notre système d’information. Nous tenions à ce que le niveau de service soit au moins équivalent à celui que nous délivrions pour les postes sous Windows.
  • De septembre 2014 à décembre 2014 (3 mois), nous avons réalisé un test avec 20 utilisateurs. La direction générale et les élus (les décideurs, donc) ont été intégrés dans cette phase. Cela nous a permis de parfaire notre interface et de vérifier que tout fonctionnait correctement. Les résultats ont été très positifs, et nous n’avons pas eu de demande de retour en arrière.
  • De janvier à juin 2015, nous avons proposé un plan de volontariat. En plus des postes déjà installés, une trentaine d’agents se sont portés volontaires pour migrer sous Linux.

 

Nous sommes désormais dans la quatrième phase, qui est une phase d’incitation : nous proposons systématiquement Linux pour les postes neufs en déploiement. Si l’utilisateur refuse, Windows est conservé.

Parallèlement, l’adjoint à l’éducation nous a demandé d’entamer la migration sous Linux des PC des écoles maternelles et primaires. Sur les 17 écoles de la commune, plusieurs se sont portées volontaires pour un test. En décembre 2015, nous avons entamé le processus de migration d’une école pilote. La migration de toutes les écoles devrait prendre trois ans.

Si tout se passe selon les prévisions, 70 % de notre parc informatique devrait utiliser Linux en 2018.

Y a-t-il eu « d’amicales pressions » d’éditeurs de logiciels propriétaires pour tenter de freiner cette démarche (si oui, avec quel discours) ?

Aucune, au contraire. Les éditeurs essaient de prendre en compte l’utilisation de PC sous Linux pour que tout se passe bien. L’augmentation significative de logiciels tournant sur des navigateurs web facilite grandement la migration.

Et les usagers de ces postes de travail, étaient-ils motivés ou plutôt dubitatifs ?

Aujourd’hui, aucun utilisateur n’a été contraint. Il n’y a donc pas de résistance forte. Certains, dubitatifs, ont été séduits par les avantages apportés par Linux (stabilité, rapidité) et qu’ils ont pu observer chez leurs collègues. D’autres ne sont pas convaincus et ont choisi de rester sous Windows. Nous respectons ce choix.

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Quelle distribution Linux a été choisie, s’agit-il d’une version ad-hoc, modifiée pour mieux convenir à vos besoins ?

Nous nous sommes basés sur Ubuntu 14.04 LTS. Des modifications importantes ont été nécessaires pour une intégration parfaite dans notre informatique existante. Comme sous Windows, un profil est automatiquement créé lorsqu’un utilisateur se connecte avec ses identifiants habituels (LDAP) et ses disques réseau partagés sont montés automatiquement. Nous avons également ajouté un « dock » (Cairo-Dock) pour faciliter la navigation sur l’interface et disposer d’un « bouton démarrer ». Nous évaluons actuellement une nouvelle interface basée sur ElementaryOS (cette distribution étant elle-même fondée sur une Ubuntu 14.04 LTS), encore plus simple et plus rapide. Les résultats sont prometteurs et elle devrait devenir en 2016 notre interface de référence.

Avez-vous procédé à des recrutements pour gérer ce nouveau parc logiciel, ou bien avez-vous formé des personnes en interne ?

Nous n’avons pas procédé à des recrutements spécifiques. Certains agents du service informatique disposaient déjà des connaissances nécessaires. Les autres ont été formés en interne. Notre interface est simple d’utilisation, et une formation basique permet donc d’atteindre rapidement le niveau de service attendu par nos utilisateurs.

Dans les faits, quels soucis éventuels lors de l’installation de la distribution Linux ? (ordinateurs vétustes, périphériques non reconnus, …) ?

Aucun problème bloquant ne s’est posé, mais la migration a nécessité une cohérence globale pour être pleinement efficace. Lors de l’attribution du marché des systèmes d’impression et de copie de la ville, par exemple, une attention particulière a été portée sur la qualité des pilotes disponibles pour Linux. Nous avons fait le choix de matériel Kyocera, parfaitement compatible. HP aurait pu être un autre choix. D’autres constructeurs ont été écartés. L’installation sur les PC se fait avec FOG (Free Open Ghost) et nous n’avons rencontré aucun problème sur les machines, pourtant variées, que nous avons installées jusqu’à présent.

La courbe d’apprentissage du nouveau système a-t-elle constitué un problème ?

Pas véritablement, parce que le déploiement est très progressif, et qu’un gros travail a été fait au niveau de l’interface graphique pour les utilisateurs. Un retour quasiment systématique que nous avons eu est :

« finalement ce n’est pas très différent de Windows…»

Le fait que les utilisateurs retrouvent, sous Linux, les logiciels auxquels il étaient déjà habitués sous Windows (Thunderbird, Firefox, LibreOffice, …) a été déterminant.

Finalement, l’inquiétude la plus vive a été pour le service informatique lui-même. Nous sommes passés par une phase de doute quant à notre capacité d’apporter un même niveau de service sur un environnement aussi différent. Après un an de travail quotidien sur Linux, ce doute est levé.

Cela fait donc un an maintenant que les ordinateurs de la mairie tournent sous linux, au-delà du changement technique quel bilan en tires-tu, côté finances et usages au quotidien ?

Toute l’administration ne tourne pas sous Linux, loin de là. La migration prendra du temps. C’est la dernière étape de la migration vers le libre, et pas la plus simple. Chi va piano, va sano e va lontano !

D’un pur point de vue financier, acheter des PC sans système d’exploitation nous permet de faire de sérieuses économies (autour de 30 % sur un PC portable acheté par l’UGAP, la centrale d’achat des collectivités). Les machines sous Linux génèrent moins d’appels à la hotline, l’installation d’images par FOG prend cinq minutes, et ce temps gagné représente également une économie certaine (il faut compter 45 minutes pour l’installation d’une image Windows).

Autre intérêt : Linux vieillit mieux que Windows et la performance met du temps à se dégrader. Le remplacement des machines peut donc être décalé dans le temps. Mon estimation est qu’une économie de 30 % sur le matériel est envisageable à terme (mais nous n’en sommes pas encore là, le parc de machines sous Linux étant encore largement minoritaire).

Au quotidien, les retours des utilisateurs sont positifs et le support est facilité. La bonne nouvelle, c’est donc que tout se passe bien et sans souffrance ce qui, au regard d’expériences menées dans d’autres collectivités, n’était pas évident de prime abord. L’autre bonne nouvelle c’est que, conformément à l’esprit du logiciel libre, le travail mené à Fontaine est partagé avec d’autres collectivités. Notre espoir est que le mouvement prenne de l’ampleur, pour le bien de tous.

Est-ce que le fait d’utiliser des solutions opensource a permis de faire un minimum « d’évangélisation » à ce sujet parmi les équipes de la mairie, ou bien est-ce qu’ils ne voient pas la différence ?

Nous avons eu quelques demandes d’installation sur du matériel personnel d’agents communaux et nous avons donné plusieurs coups de mains à d’autres collectivités de l’agglomération. Grenoble, qui a également entamé sa mutation, est dans le même esprit et il n’est pas impossible qu’une solution commune émerge de tout ce travail. Nos élus voient d’un bon œil cet essaimage, en cohérence avec la politique qu’ils ont choisie et qu’ils soutiennent. Plusieurs actions sont envisagées pour faire connaître plus largement notre travail et les bons résultats obtenus : conférences, démonstrations lors d’événements autour du libre, travail à destination de la population fontainoise, etc.

Récemment, le ministère de l’éducation nationale a signé un partenariat avec Microsoft pour des solutions pédagogiques via des produits de cette entreprise, quel est ton regard sur cette décision et penses-tu que des solutions libres auraient pu être envisagées à la place ?

Les choix des services de l’État manquent sérieusement de lisibilité. Les positionnements semblent varier selon les ministères. D’un côte le SILL (Socle Interministériel de Logiciels Libres) de Matignon, le choix du libre par la gendarmerie, etc. Et de l’autre cette initiative de l’éducation nationale ou d’autres ministères. Peu importe : il y a fort à parier que l’évolution, si évolution il y a, viendra d’initiatives locales multiples (et peut-être concertées) plutôt que de grandes décisions qui s’imposeraient à tous. Pensons global, et agissons local.

Pour info, la liste des logiciels libres que nous utilisons :

 

Interview réalisée par Grégory Gutierez, responsable de la commission Partage 2.0. à Europe Écologie les Verts et publiée le 15 janvier 2016 sur le site EELV.

25 Mars 2016 à 12:08

NS LibreOfficeGold via Full Circle Mag FR

L'équipe du FCMfr (et surtout d52fr qui a fait ce gros travail) est heureuse de vous présenter le numéro d'OR de LibreOffice : c'est à dire les 50 premiers articles concernant LibreOffice rassemblés dans un seul numéro.

Vous pouvez le télécharger sur notre page NUMEROS ou directement en cliquant sur l'image ci-dessous.

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Et voilà ! Vous avez un manuel quasi complet sur LibreOffice. Amusez-vous bien !

24 Mars 2016 à 15:32

Le 106 vous attend via Full Circle Mag FR

Bonjour !

Malgré les aléas de la vie réelle (des joies, mais aussi des peines), l'équipe sort le numéro 106, celui de février 2016, juste avant la sortie du numéro 107 en anglais, autrement dit, dans les temps. Comme d'habitude, vous pouvez le lire ou le télécharger ICI ou tout simplement en cliquant sur la photo de couverture ci-dessous.

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Outre les séries et les rubriques habituelles, vous y trouverez notamment :

  • Une présentation du traitement de photos RAW sous Linux avec, surtout, RAWTherapee ;
  • une description du montage mural du matériel d'un réseau domestique ;
  • la critique d'un livre qui explique le fonctionnement de logiciels divers (sécurité, jpg, ...), ainsi que celle du jeu Dying Light sous Linux ;
  • et un article d'opinion sur Ubuntu et le Big data qui incite à réfléchir...

Bonne lecture !

Toute l'équipe du FCMfr, dont :

  • Le scribeur : Bab
  • Les traducteurs : AE, d52fr, erlevo, frangi, FrEd (auteur, en fait)
  • Les relecteurs : Bab, d52fr, erlevo et moi-même, AE
24 Février 2016 à 16:04

Numéro 105 via Full Circle Mag FR

Bonjour !

L'équipe du FCMfr est très heureuse de vous présenter ce numéro 105 en français. C'est celui de janvier 2016 et il peut être visionné ou téléchargé sur notre page Numéros. Bien sûr, vous pouvez aussi l'obtenir en cliquant sur la photo de couverture ci-dessous :

issue105fr.png

Ce mois-ci, vous y trouverez, notamment :

  • Les tutoriels habituels (Python, LibreOffice, Inkscape) et des tutoriels plus particuliers, dont celui sur l'utilisation de GnuCash (couverture), et un consacré à la migration vers Linux à partir de VAX ! ;
  • Trois critiques : une du livre Python Playground, une autre d'une box télé : MyGica ATV582, et, enfin, celle du jeu DIRT Showdown ;
  • Ronnie continue de construire son imprimante 3D RepRapPro, tout en nous avertissant du décès de RepRapPro ;
  • Il nous livre ses réflexions sur comment il va procéder pour programmer une brasserie de bière chez lui...

Mais, surtout, nous débutons une série sur le sujet de comment passer à Linux quand on est photographe. C'est un féru de l'Open Source franco-suisse, François Edelin, qui nous a proposé ces articles. Cette fois-ci, il parle, entre autres, du matériel et de diverses façons de décharger ses photos sur le terrain, en nous livrant aussi un petit script pour le déchargement d'un lot entier de photos et en nous présentant Rapid Photo Downloader (RPD, pour les intimes).

Nous vous en souhaitons bonne lecture !

  • Le scribeur : Bab,
  • Les traducteurs : AE, d52fr, erlevo, frangi et lejimi
  • Les relecteurs : Bab, d52fr, erlevo, lejimi et moi-même, AuntieE

C’est rare, mais il arrive parfois qu’on veuille se connecter en SSH à son NAS Synology, pour aller fouiller dans messages d’erreurs par exemple. Mais c’est pas drôle de devoir taper un mot de passe ;)

Mise en place

Tout d’abord, il faut autoriser le service SSH depuis le DiskStation Manager :

synology-ssh-1

Ensuite, il faut se connecter en SSH sur son NAS Synology avec le mot de passe du compte admin :

password:******

Enlever les commentaires des lignes suivantes, pour activer l’authentification par clé :

PubkeyAuthentication yes # The default is to check both .ssh/authorized_keys and .ssh/authorized_keys2 # but this is overridden so installations will only check .ssh/authorized_keys AuthorizedKeysFile .ssh/authorized_keys

Copier sa clé publique (~/.ssh/id_rsa.pub) sur son NAS Synology :

mkdir .ssh vi .ssh/authorized_keys # appends ~/.ssh/id_rsa.pub content to this file

On peut maintenant se connecter en SSH à son NAS Synology sans mot de passe !

Attention

Même si vous désactivez le compte admin, la connexion reste possible via son mot de passe. Donc il est très important d’avoir un mot de passe complexe pour le compte admin et/ou de désactiver le service SSH quand vous ne l’utilisez pas.

15 Février 2016 à 15:43

Ubuntu 14.04 Casque Audio Bluetooth via erwan.me

Certains casques audio sous Ubuntu 14.04 ne fonctionne pas correctement : l'appareil est bien détecté, la connexion se fait mais impossible de sélectionner le périphérique en sortie sonore. Pour corriger cela :

gksudo pactl load-module module-bluetooth-discover

ubuntu 14.04 bluetooth headeset

Sources :

Pages