Alors que la version finale de Feisty Fawn est sortie aujourd'hui même (youpi !), nous approchons du dimanche 22 avril. Date où, pour nous internautes français, va se poser le problème de savoir quel bulletin glisser dans l'urne.

L'APRIL a lancé il y a quelques temps son site Candidats.fr, sur lequel on trouve les réponses de plusieurs candidats à un questionnaire abordant les problématiques du libre : les DRM (les verrous propriétaires sur des fichiers musicaux ou vidéos), la diffusion des logiciels libres dans l'administration et à l'école, la loi DADVSI, la question de la "vente liée" (ordinateurs vendus avec un OS pré-installé, sans possibilité de faire le choix d'acheter le même ordinateur sans cet OS), etc.

Je me suis plongé dans ces réponses, afin d'en savoir un peu plus sur les positionnements des divers candidats sur tous ces sujets (on notera que ni Nicolas Sarkozy ni Philippe de Villiers n'ont jugé bon de répondre au questionnaire. Quant à Arlette Laguillier, elle s'est excusée).

C'est que l'air de rien, faire le choix d'une distribution Linux en lieu et place d'un système d'exploitation payant (que ce soit Windows ou Mac OS), ça peut aussi être un acte politique. En tout cas, je sais que, personnellement, c'est une de mes grosses motivations pour avoir installé Ubuntu sur mon ordinateur. La simple idée d'un système d'exploitation que je pouvais télécharger et partager librement, installer sur n'importe quel ordinateur, autant de fois que je le souhaitais et sans me sentir en porte-à-faux avec la loi, était déjà un puissant "attracteur". L'idée de pouvoir aider moi-même, de me sentir utile, dans la mesure de mes compétences (ne serait-ce que par l'intermédiaire de ce blog, ou en rapportant des bugs) était tout aussi tentant. Enfin, il y la fameuse philosophie du libre, dont on a un bon résumé sur la page philosophie Ubuntu (en anglais).

C'est dire si, pour ma part, l'opinion de chaque candidat sur ces problématiques va effectivement peser dans ma décision ce dimanche.

Une première constatation en lisant ces réponses (toutes disponibles sur Candidats.fr), c'est leurs différences de "style". Car dans le fond, ces candidats (ou leurs conseillers) sont à peu près tous d'accord pour déclarer que les logiciels libres c'est bien, qu'il faut développer leur usage dans l'administration et à l'école, que les DRM c'est pas très gentil parce que ça nuit à la liberté du citoyen de faire ce qu'il veut avec ce qu'il a acheté, et que la loi DADSVI est affreusement mal fichue. Il y a en revanche de grosses différences dans l'art et la manière de rédiger ces réponses. Mais aussi, soyons justes, sur le degré d'engagement des différents partis dans la promotion de l'open source.

Bref, au lieu de vous faire un résumé de chaque discours (vous êtes assez grands pour vous faire une idée vous-même), je vous propose plutôt un petit jeu. Avec le secret espoir qu'il vous donnera envie, à votre tour, de vous plonger dans ces réponses de nos chers candidats.

Voici, ci-dessous, sept propositions tirées de ces réponses. Elles sont présentées sans ordre particulier, et sans indication sur leur auteur. Ces auteurs peuvent donc être (dans l'ordre alphabétique) : François Bayrou (UDF), Olivier Besancenot (LCR), José Bové (apparenté altermondialistes), Marie-George Buffet (PCF), Jean-Marie Le Pen (FN), Ségolène Royal (PS) et Dominique Voynet (Verts).

Saurez-vous déterminer qui a dit quoi ?

Proposition A : "Ne pas hésiter, puisque l'Etat semble capable de pénaliser les internautes sur demande des grands groupes (nous réclamons l'amnistie des internautes condamnés), à procéder à l'inverse : que les internautes puissent pénaliser et poursuivre en justice ces mêmes groupes pour non ­respect de la vie privée. Frais de justice à leur charge bien entendu..."

Proposition B : "En ce qui concerne plus spécifiquement les logiciels, la loi doit continuer à garantir aux développeurs le droit de créer et diffuser des logiciels compatibles avec tout logiciel existant. On pourrait même imaginer interdire des dispositifs dont la seule fonctionnalité serait d'empêcher ou gêner l'interopérabilité."

Proposition C : "L'interopérabilité s'oppose frontalement aux brevets logiciels et à la sanctuarisation abusive des mesures techniques de protection ; elle doit leur être supérieure en Droit, car elle constitue, à l'ère des échanges numériques, l'équivalent de ce que la liberté de parole et d'association ont été à la Révolution : un pré-requis absolu à la constitution d'une société de la connaissance ouverte."

Proposition D : "Au pouvoir, j'inscrirai dans la loi l'interdiction de breveter les logiciels et j'inciterai au développement du logiciel libre dans l'administration. (...) L'informatique doit bien sûr occuper une place importante à l'école, mais il importe avant tout de restaurer l'enseignement des savoirs fondamentaux (lire, écrire, compter) sans lesquels il est vain de mettre les élèves devant des ordinateurs."

Proposition E : "Nous proposons que la CNIL soit renforcée dans ses missions et moyens et démocratisée dans son fonctionnement. Une loi sur la protection de la vie privée sera votée, rendant "l'opt-in" obligatoire, réprimant les pratiques de spam commercial, interdisant les logiciels de filtrage propriétaires et autorisant l'usage de la cryptographie à usage privée. Le droit à l'anonymat sera légiféré, il encadrera les FAI. Des dispositifs libres de contrôle parental seront fournis gratuitement. Une loi réaffirmera le droit à la "rétroingénierie"à des fins d'interopérabilité et au contournement des mesures techniques de protection à des fins licites, comme la copie privée, le changement de support, la réalisation de courts extraits..."

Proposition F : "La migration vers les logiciels libres ne peut pas être immédiate ; en particulier il est nécessaire d'assurer au préalable la formation et / ou le recrutement du personnel. La migration doit cependant être la plus rapide possible. Nous proposons que toute migration future [dans l'administration] ait lieu obligatoirement vers des logiciels libres, dans la mesure où il existe des logiciels libres répondant au besoin. S'il n'en existe pas, le développement de logiciels libres appropriés doit être initié, par le service public du logiciel libre si nécessaire."

Proposition G : "Je pense qu'il faut revoir toute la loi DADVSI et à minima abroger le titre Ier de cette loi. J'appelle à la tenue d'« Assises du numérique », qui permettront de reprendre un débat serein, de légiférer dans l'intérêt général, de tenir compte de la révision de la directive européenne actuellement en cours, pour aboutir à un texte dont chacun reconnaisse la légitimité."

Un peu de "trivia" pour finir :

- ils sont 8 présidentiables sur 12 à avoir pris la peine de répondre (en fait 7 vraies réponses, et un mot d'excuse).

- la réponse la plus longue est celle de Ségolène Royal (17 pages), suivie de près par José Bové (15 pages), puis François Bayrou (13 pages). La réponse la plus courte (avec moult "cf. réponse précédente") est celle de Jean-Marie Le Pen (6 pages).

- la réponse avec le plus grand nombre de fautes d'orthographe semble bien être celle d'Olivier Besancenot (à un moment, on y parle même des "occultistes" au lieu des "oculistes"). Mais c'est loin d'être le seul candidat à avoir négligé d'activer son correcteur automatique d'orthographe !

- la plupart des réponses sont présentées sous forme de fichiers PDF générés depuis OpenOffice 2.0 (sans doute par les membres de l'APRIL, à partir de réponses reçus en format .doc ou .rtf à l'origine). Deux exceptions : le PDF de François Bayrou vient d'un Mac ("Mac OS X 10.4.8 Quartz PDFContext"), et celui de José Bové, d'une machine vraisemblablement sous Unix ("ESP Ghostscript 815.03")

- la candidate la plus rapide à répondre a été Marie-George Buffet, dès le 13 mars 2007. La réponse la plus récente est celle de François Bayrou, le 13 avril.

- Enfin, à 3 jours du premier tour, on attend toujours la réponse de Nicolas Sarkozy, alors qu'un de ses conseillers avait assuré l'APRIL, il y a quelques semaines, que ses réponses n'allaient pas tarder à arriver. (On ne sait rien sur les éventuels projets de réponse des 3 autres présidentiables qui n'ont pas encore répondu).